Comportement
de repos :
Les
multiples situations vécues tout au long d’une journée, ainsi que toutes les
rencontres, nous imposent à chacun d’adopter des rôles sociaux : collègue,
ami, professeur, client… nous apportant ainsi contraintes et tensions. De
temps en temps, nous éprouvons le besoin de nous reposer de nos efforts et de
quitter un instant la scène sociale. Ce comportement de repos peut affecter
plusieurs formes.
Un grand repos exige de l’intéressé qu’il quitte le climat social qui le fatigue, alors qu’un petit repos laisse son esprit vagabonder tout en continuant son activité. Au bout de quelques instants, il secoue la tête en espérant ne pas avoir manqué le point capital de la discussion.
La posture que peut prendre cette personne peut varier différemment en fonction des gens avec qui on se trouve. Si l’on attend de nous une certaine attention, elle pourrait vexer notre compagnie alors qu’avec des amis ou de la famille ; elle consisterait plutôt en un signe d’amitié.
Il existe tout une gamme de postures de repos : appui vertical, le soutien des bras, le soutien de la tête, la position assise et l’attitude adoptée (affalé ou raide) et la position couchée. Cette dernière est peu rencontrée en public car elle est une rupture complète par rapport à la scène sociale. Même en pique‑nique nous éviterons cette position en nous appuyant sur notre coude.
La position debout, capitale à l’homme dans son mode de vie est une opération difficile qui exige une recherche d’équilibre constante. Pour nous soulager nous pouvons aussi adopter des gestes spéciaux de repos : sur une jambe, l’agenouillement, le quatre pattes, l’accroupie agenouillée…
Le seul autre type de comportement admis au sein de l’activité courante est le « petit somme » comme grand-père qui s’assoupit pendant une réunion familiale.
Certaines coupures comme la pause-café, les week-ends, soirées et vacances sont autant d’autres formes que nous nous octroyons et qui font autant de bien qu’un repos car cette fois c’est nous qui décidons. Elles permettent de nous échapper en partie du rôle social habituel et de nous libérer de ces responsabilités.
Le
sommeil nocturne nous fournit l’échappatoire. Les tentatives de se passer de
sommeil ont toujours rapidement abouti à l’effondrement moral aussi bien que
physique. Cela parce qu’il est encore plus important comme repos du cerveau
que comme repos du corps. Après une journée, nous avons emmagasiné tant
d’idées, de pensées, d’expériences nouvelles, que nous avons besoin
d’heures de sommeil pour permettre à ces informations d’être classées
dans les registres de notre mémoire. Il s’agit bien plus qu’un classement ;
il s’agit de trier, d’y voir clair dans les contradictions, d’essayer de résoudre
des conflits et d’une façon générale : »de mettre de l’ordre
dans la boutique ». C’est la fonction du rêve. Les jeunes enfants ont
un monde entier devant eux à déchiffrer et une quantité importante
d’apports nouveaux à classer ; ils auront donc besoin de beaucoup de
sommeil. Un vieillard, par contre, a plutôt des habitudes fixées et par conséquent
n’aura besoin que de quelques heures. Les trois premiers mois de la vie, le bébé
dort environ seize heures par jour. L’adulte moyen dort sept heures et vingt
minutes alors que les personnes âgées se contentent de six heures.
Une
nuit d’adulte normale voit quarante à septante changements de positions qui
préviennent l’ankylose des membres et des autres parties du corps. De plus,
elle comporte quatre ou cinq temps de rêves. Nous rêvons donc quatre ou cinq
fois par nuit. Le premier intervient environ nonante minutes après le début du
sommeil et les autres suivent à des intervalles de soixante à nonante minutes.
En s’additionnant, elles donnent une heure et demie de rêve sur notre temps
de sommeil total durant lesquelles se produisent des choses contradictoires. En
fait, nous réagissons comme si nous étions conscients: nos yeux ont de rapides
mouvements derrière nos paupières fermées, les ondes de notre cerveau sont
presque au degré zéro, notre rythme cardiaque et pression sanguine deviennent
irréguliers. A l’opposé, notre tension musculaire est au plus bas et il plus
difficile de nous réveiller. C’est la phase de sommeil paradoxal car notre
corps est à ce moment le plus éloigné de notre conscience mais est en même
temps prêt à l’action. Réveillée pendant ces phases spéciales de sommeil,
la personne se souviendra de son rêve, dix minutes plus tard, elle aura tout
oubliée.
Le rêve ne se produit pas comme un éclair car il a été prouvé qu’une heure et demie de rêve paradoxal représente en réalité une heure et demie de rêve réel.
Seul le rêve peut permettre à l’homme de garder en bon état de marche l’ordinateur qu’il a dans la tête, prêt à affronter les situations complexes de la vie.
Importance du sujet et implication au
point de vue professionnelle.
Comme nous avons pu le constater le sommeil, le rêve, le repos sont des éléments primordiaux de notre vie quotidienne. Ils sont indispensables à la santé et au bien-être de chacun, qu’il s’agisse du public ou de l’éducateur lui-même. L’éducateur doit avoir conscience des besoins particuliers des personnes dont il est en charge. Un jeune enfant par exemple a besoin d’une dizaine d’heures pour pouvoir être prêt à affronter la nouvelle journée qui se dresse devant lui. Sans quoi celui-ci risque de manifester des comportements que l’on peut qualifier d’inadaptés : nervosité, instabilité, irritabilité, manque de concentration… A plus grande échelle, un manque de sommeil généralisé dans une institution peut aboutir à une atmosphère malsaine pouvant aller jusqu’à l’effondrement moral. Il sera donc primordial d’être attentif à toutes ces attitudes, postures de repos pour qu’il puisse agir en conséquence et adapter ses activités à des moments plus propices.
En créant des rôles sociaux inhabituels, l’éducateur peut pousser les personnes qu’il côtoie à penser d’une autre manière ou à oublier un moment les responsabilités qui pourraient être pesantes. Je pense par exemple à la personne qui souffre d’une grande anxiété ou qui ressent toutes les choses de la vie comme une contrainte. Donner à celle-ci l’impression de décider de sa vie et de pouvoir agir sur elle, lui redonnera confiance en elle et donc une nouvelle carte du monde viendra ensoleiller sa vie. Car la différence indéniable entre vacances et boulot n’est-elle pas la contrainte contre la liberté de décider.
Enfin si le sommeil nocturne est capital à la santé physique, il l’est tout autant voir même plus pour l’apprentissage. C’est lui qui permet à toutes les informations reçues pendant la journée d’être triée, classée dans les registres de notre mémoire. L’éducateur et le rêve vont de paires quant à la fonction d’éduquer et d’apprendre.
Geoffrey Dechamps - Ouiza Idir