B. La dynamique des émotions ou ce qui rend une émotion élaborée.![]()
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Lorsque les différents paramètres envisagés précédemment se combinent (émotions de base) et / ou varient (intensité, durée, répression,...), une émotions deviendra de plus en plus complexe.
Envisageons les différents phénomènes qui vont rendre une émotion élaborée.
1. Le mélange des émotions.
Les "couleurs" (émotions) de base se mélangent.
Quelques exemples:
- Le mépris.
C'est une émotion d'agressivité qui est réprimée et du coup dure mais perd en intensité.
Combinée avec la peur, la colère n'ose pas s'exprimer sous son jour authentique.
La colère subit donc quelques transformations et devient ainsi le mépris.
- La jalousie.
Il y a tout d'abord un attachement ou un désir.
Ce dernier est menacé et engendre la peur.
Nous avons alors de l'agressivité qui apparaît vis à vis de la personne qui menace cet attachement ou ce désir.
Cela donne la JALOUSIE.
Si je compare le degré de complexité de la jalousie et du mépris, la jalousie est beaucoup plus simple que le mépris et la preuve en est que si on trouve un animal jaloux, on ne trouvera pas d'animal témoignant du mépris.
La jalousie est donc une émotion élaborée simple alors que le mépris est une émotion élaborée complexe.

2. Une émotion "x" peut contaminer une émotion "y".
Si je regarde un film comique de qualité, j'ai normalement, si ce film est de qualité, envie de rire à certains moments.
Le rire est une émotion que nous qualifierons de "y".
Si j'ai très mal au pied, je suis en proie à une émotion douloureuse que nous qualifierons de "x".
Maintenant si je regarde ce film comique alors que j'ai très mal au pied, j'aurai moins envie de rire que si je n'avais pas mal au pied. L'émotion "x" contamine donc l'émotion "y".
Un autre exemple serait celui d'une personne attristée par la perte d'un être aimé qui assiste à une scène comique. Elle n'aura pourtant pas envie de rire. L'idée de rire lui paraîtra peut-être même insupportable.
3. Une émotion peut en entraîner une autre (Réaction d'émotion à émotion).
Suite à une peur qu'une personne peut me provoquer, je peux par exemple ressentir de la colère à son égard.
Par exemple, si on me refuse une priorité de droite, j'ai tout d'abord peur et puis dans la seconde qui suit, je ressens de la colère à l'égard de l'auteur de cet infraction.
Attachement à mon véhicule menacé --> Peur de perte du véhicule --> Colère vis à vis du "chauffard"
4. Une émotion réprimée s'accumule.
Par exemple toutes les peurs accumulées sur un laps de temps et qui ont été réprimées peuvent se libérer d'un coup. C'est une réaction en chaîne.
Si je ressens une émotion, je ne l'exprime pas forcément. Cela peut-être éventuellement dangereux.
Dans l'exemple précédent, si le conducteur qui m'a refusé la priorité de droite à l'allure d'une grosse brute, j'ai intérêt à ne pas étaler mon émotion mais à la réprimer.
Ceci dit, réprimer une émotion peut être utile mais aussi s'avérer nuisible. Par exemple, une peur subie longuement peut devenir dangereuse pour la santé. Les maladies de type psychosomatiques sont à ranger dans cette catégorie. Nous aborderons la question plus en détails dans le module sur le gestion du stress.
Telle une "petite bombe", une émotion réprimée se stocke en nous avec une certaine puissance contenue. Elle est alors prête à se libérer où à filer ailleurs par le jeu d'une réaction d'émotion à émotion (peur vers colère), d'une réaction en chaîne (différentes colères accumulées se rassemblent et explosent ensemble), d'un déplacement (j'envoie mon agressivité d'un destinataire à un autre, par exemple du directeur à un élève).
5. Des émotions du même type ont tendance à se rassembler pour former un tout ou une chaîne qui les lie ensemble.
Exemple de la maison hantée:
Je me dirige vers une maison sinistre -> Peur x1 que je retiens.
Je rentre dans la maison sinistre. La porte grince et chat noir croise ma route en courant -> Peur x2 que je retiens.
Je monte les escaliers poussiéreux qui grincent. Il y a plein de toiles d'araignées sur la rampe. Au dehors, j'entends l'orage et un chien qui hurle -> Peur x3 que je retiens.
J'arrive en haut de l'escalier, une porte grince en s'ouvrant poussée par un courant d'air -> Peur x4 que je retiens.
x1 + x2 + x3 + x4 se sont accumulés dans ma "marmite à peurs" et je retiens avec de plus en plus de difficultés le couvercle.
Quelqu'un me tape délicatement sur l'épaule et me dit doucement "Hep" -> Peur x5 qui est la peur de trop.
Je ne retiens plus le couvercle de ma marmite à peur et toutes mes peurs se libèrent en une réaction en chaîne.
Je pousse un grand cri d'effroi même si derrière moi ce n'est qu'un ami qui m'a suivi à mon insu.
6. Plus une émotion grandi, plus elle a tendance à appeler à elle des émotions de même type (Effet boule de neige).
Dans l'exemple de "La maison hantée", au fur et à mesure que j'avançais, je percevais de plus en plus de raisons d'avoir peur et j'avais de plus en plus peur. Ma peur appelait les raisons d'avoir peur qui elles-mêmes nourrissaient à leur tour ma peur.
Cela vaut aussi pour un objet (ou une personne) pour lequel j'éprouve une émotion. Plus j'ai des interactions avec cet objet, plus j'ai tendance à lui attribuer des émotions de même type.
Par exemple, plus j'ai des expériences où un individu me met en colère que ce soit à faible ou forte intensité, plus j'ai tendance à éprouver de la colère pour cette personne mais aussi à interpréter tout ce qu'elle fait en facteurs favorables au déclenchement de ma colère. Nous le verrons dans le module sur la communication et plus particulièrement dans la partie qui parles des problèmes de décodage de la réalité.
7. Une émotion se fixe sur les informations, les sensations et les perceptions mémorisées.
Comme dans le phénomène du conditionnement décrit pour le chien de Pavlov (Conditionnement répondant), il se produit une association de stimuli. L'émotion se manifeste avec une expérience vécue qui est mise en mémoire et lorsque l'événement est évoqué, l'émotion revient.
Si j'ai manqué me noyer un jour, le seule évocation de l'eau peut faire émerger en moi une émotion de peur.
La seule évocation du prénom de l'être qu'on a aimé peut suffire à nous attrister.
La technique est bien connue de certains producteurs de musiques de relaxation qui mixent des bruits de la nature avec leur musique de manière à évoquer la campagne, les vacances, donc la détente.
Lorsque la répression se combine avec la mémorisation elle forme comme une mine prête à exploser avec pour charge l'émotion réprimée et comme détonateur le souvenir qui lui est attaché.
8. Une émotion peut se déplacer d'un objet vers un autre.
Si par exemple, je surprends mon chat en train de manger mon fromage qui était placé sur la table. Si je le saisi et je le jette dehors. Si ce chat venant à rouler sur la pelouse fini sa course près d'un autre jeune chat en train de se promener paisiblement. Que risque-t-il d'arriver au chat promeneur pour qui à l'habitude d'observer nos amis félins ?
Il y a gros à parier que le malheureux recevra la raclée ou du moins le coup de patte ou de gueule qui m'était destiné. Mon chat ne pouvant m'agresser, agressera l'autre chat. C'est un déplacement d'agressivité tel que les décrivent les zoologues mais qui n'est pas différent du mécanisme de défense lui aussi appelé "déplacement" décrit par Freud dans l'étude du petit Hans (Déplacement de la peur du père vers la peur des chevaux).
9. La polarité d'une émotion (c'est-à-dire le type d'émotion de base) peut être retournée ou bouleversée.
De la tristesse, je peux passer brutalement à la colère (proche du cas de la réaction d'émotion à émotion décrit en 1) mais je peux aussi passer de l'amour à la haine si par exemple, je découvre que j'ai été trompé. L'intensité de l'émotion reste la même mais elle change de polarité.
10. L'émotion qui suit est conditionnée par celle qui précède.
Par exemple, une frustration après un espoir est plus cruelle que s'il n'y a pas eu d'espoir auparavant.
Imaginons un garçon qui fait une déclaration amoureuse à une fille qui lui répond par la négative. Ce garçon passe par un état d'abattement et puis éventuellement de colère.
Mais si la fille, le fait d'abord espérer en lui donnant quelques compliments avant de lui dire que ce n'est pas possible, la chute sera plus dure et l'abattement plus fort.
11. Les émotions sont "contagieuses".
Si je suis au contact d'une personne qui est triste, je me sens facilement attristé.
Si je suis au contact d'une foule joyeuse, je peux me sentir gagné à mon tour par la joie.
Les phénomènes d'hystérie collective ou de panique collective peuvent être rapprochés de ce phénomène.
12. Les différentes propriétés décrites peuvent se combiner.
Comme nous l'avons déjà vu au fil des explications, les différentes propriétés agissent rarement seules mais se combinent avec d'autres.
Je vais vous donner un exemple repris à une B.D. Achille Talon (Le sort s'acharne sur Achille Talon) du dessinateur Greg. Je l'ai passablement aggravé pour des raisons "pédagogiques".
Achille commence sa journée en se levant en retard (PEUR). Il se dépêche pour tenter d'arriver malgré tout à temps au travail (AGRESSIVITÉ).
Dans sa boîte aux lettres, il trouve une lettre qui lui annonce un redressement fiscal (PEUR car perte d'argent auquel il est ATTACHE. Puis COLÈRE RÉPRIMÉE car il n'a pas le temps).
Il fonce vers sa voiture qui ne veut pas démarrer (PEUR, COLÈRE l'une et l'autre réprimées car il n'a toujours pas le temps de les extérioriser).
Il parvient quand même à démarrer (ESPOIR d'arriver à temps, la PEUR diminue).
Hélas, il roule vite et se fait flasher (PEUR suite à la perte d'argent, TRISTESSE d'être pris en défaut et COLÈRE. Mais tout cela doit encore être réprimé. Comme il avait espéré avant le choc est plus cruel l'émotion qui suit est conditionnée par celle qui a précédé).
Il arrive sur son lieu de travail mais ne trouve pas de stationnement (peur, agressivité). Il trouve une place (ESPOIR) mais se la fait dérober par un autre conducteur qui à l'aspect d'une grosse brute (PEUR, TRISTESSE, COLÈRE qui doivent être réprimés).
Il trouve à stationner plus loin. Il court pour arriver au travail car il est maintenant en retard. Il espère ne pas être vu par son patron ... qui l'attend derrière la porte et lui passe un savon devant les autres employés (PEUR, ESPOIR, TRISTESSE, COLÈRE, ...).
Sa journée au bureau n'est qu'un long chemin de croix. Il se fait entres autres ébouillanter par la machine à café, il subit les moqueries de ses collègues (PEURS, TRISTESSES, COLÈRES réprimées).
Il quitte le bureau et trouve son véhicule saccagé (TRISTESSE, COLÈRE, ...).
Après deux longues heures de transports en commun, il rentre enfin chez lui. Il est prêt à s'effondrer et pleurer.
Son voisin avec qui il a déjà eu beaucoup de querelles a le malheur de lui demander: "Bonjour voisin. Vous avez passé une bonne journée ?" et notre homme saute sur son voisin et le rue de coups (DÉPLACEMENT, LIBÉRATION DES ÉMOTIONS RÉPRIMÉES, changement de polarité et effet boule de neige, RÉACTION EN CHAÎNE).